Classe à faire

Cris du coeur et coups de pique, le nez au carreau et les pieds dans le trèfle... au secours Célestin!

24 avril 2008

Ascensions

J'avais brièvement évoqué dans ce post un des "livres de montagne" qui m'avaient le plus marqué ces dernières années, Sur la Trace de Nives d'Erri de Luca. Je voudrais en profiter aujourd'hui pour faire connaître deux autres auteurs. (finalement, trois!)

liv_ascensionJe commencerai par celui que j'ai découvert le plus récemment, trouvé, abandonné dans ma librairie préférée. Il m'a attiré par sa couverture mystérieuse, un papier calque assez épais qui laissait voir une gravure sombre d'un sommet sans nom. Un sommet dans un voile de mystère, de tempête, le nom de l'auteur: Ludwig Hohl, le titre: Ascension et l'éditeur; Attila. Il m'a longtemps fait de l'oeil sur ma table de nuit. Je le feuilletai, contemplai les sombres illustrations de Martin Tom Dieck, puis le refermai. Pendant un temps, je me suis contentée de sa couverture. Jusqu'à ce matin récent où je l'ai ouvert et lu. D'un souffle.

Un extrait, pour vous couper le souffle.

mtd

Il y avait d'autres moments où ce n'était plus des rêves, mais le mélange de rêve et d'état de veille qui est précisément ce que l'on nomme hallucination. A l'un de ces moments, voilà qu'il avait enfin trouvé la réponse définitive à la question si fréquemment posée: "Pourquoi faites-vous l'ascension des montagnes?"

(Car toutes les réponses habituelles étaient insuffisantes: Pour des raisons de santé; il devait tout de même y avoir d'autres moyens, moins coûteux. A cause de l'altitude; mais alors, pourquoi pas en téléphérique, ou en avion? Parce que c'est un sport particulièrement gratifiant qui, dans un cercle réduit, mais élitaire, apporte des récompenses enviables; c'était déjà mieux mais ça ne suffisait pas.) La réponse était:

                 Pour m'échapper de prison.

                 ... Et puis?

Lesommetdesdieux1Un peu plus loin dans ma mémoire, mais lu aussi rapidement, sous la couette dans la chambre du chalet familial, alors qu'il y avait une vraie tempête à l'extérieur, les cinq tomes du Sommet des dieux, scénarisés par Yumemakura Baku et dessinés par Jirô Taniguchi. Je ne suis ni fan de manga, ni spécialiste de la question mais s'il n'y avait qu'un auteur de manga à vous conseiller (au risque d'avouer que je n'en connais pas tant que ça), ce serait Taniguchi. (A l'origine, il s'agit d'un roman de Baku très célèbre au Japon, et c'est lui même qui a proposé à Taniguchi d'adapter son oeuvre.)

Fukamachi, jeune photographe japonais de retour d'une ascension malheureuse au Népal, se voit proposer au bazar de Kathmandou un appareil photo de collection qu'il acquiert aussitôt. Aussitôt acquis, l'appareil est dérobé et dans sa quête pour le retrouver, Fukamachi s'aperçoit que l'ancien propriétaire est sans doute Habu Joji, un alpiniste d'exception dont on a perdu la trace au Japon. Il pense aussi que l'appareil pourrait bien être celui de Mallory, qui mourut avec Irvine en 1924 sur les flancs de l'Everest sans que l'on sût jamais s'ils avaient ou non atteint le sommet. (L'Everest fut vaincu par Hillary et Norgay en 1953.) Je ne vous en dirai pas plus... seulement, pour vous donner une idée, deux planches: attention! A lire de bas en haut et de droite à gauche!

sommet01

sommetdesdieuxt1_1

Et puis, et puis, par dessus tout, ou au commencement de mon amour pour les livres, il y a les deux tomes, lus et relus de Cosey, A la recherche de Peter Pan, une magnifique histoire d'amour et de montagne.

alarecherchedepeterpan1ov3

Posté par Classafaire à 11:48 - C'est en lisant qu'on devient... Liseron - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


19 avril 2008

La Roue

La roue est la plus belle découverte de l'homme et la seule
il y a le soleil qui tourne
il y a la terre qui tourne
il y a ton visage qui tourne sur l'essieu de ton cou quand
tu pleures
mais vous minutes n 'enroulerez-vous pas sur la bobine à
vivre le sang lapé
l'art de souffrir aiguisé comme des moignons d'arbre par les
couteaux de l'hiver
la biche saoule de ne pas boire
qui me pose sur la margelle inattendue ton
visage de goélette démâtée
ton visage
comme un village endormi au fond d'un lac
et qui renaît au jour de l'herbe et de l'année
germe

Aimé Césaire (1913-2008)

visage

(all by myself)

[Premier souvenir d'Aimé: une colle en prépa. Puis j'ai découvert les poèmes et l'homme.]

Posté par Classafaire à 16:50 - C'est en lisant qu'on devient... Liseron - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 août 2007

Extrême-orient... express (2)

DSCF4090Je pensais avoir bien quitté la Mongolie à bord du Transmongolien (une branche du Transsibérien), mais ce serait un crime de ne pas vous conseiller la lecture de la prose totalement inclassable de Svetislav Basara: le Guide de Mongolie.

Si je devais le rapprocher d'un autre auteur que j'aime bien ce serait Aarto Paasilinna (Petits suicides entre amis) mais en carrément plus foutraque, voire totale foutraque, comme dirait l'autre!

Difficile d'en dire plus, les deux gaillards sont aussi indescriptibles qu'imprévisibles, mais si vous vous décidez pour un Paasilinna, n'oubliez pas aussi La Forêt des renards pendus...

Posté par Classafaire à 23:17 - C'est en lisant qu'on devient... Liseron - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

23 juillet 2007

Extrême-orient... (1)

Ces dernières années, une partie de mes pensées étaient concentrées sur l'orient. J'ai eu la chance d'y faire deux beaux voyages, en Mongolie et en Chine.

sukhe

Les voyages.

Au delà de tous les clichés traditionnels, ils sont pour moi l'occasion de lire, de dévorer des livres... Il y a toujours ces moments d'attente, de transit. Sans oublier les transports... et si cahotiques soient-ils, ils ne m'ont jamais empêché de lire... Les yeux rivés à mon bouquin, je peux subir les pires secousses, mon estomac est toujours solidaire! Et puis, les bouquins peuvent devenir monnaie d'échange... En règle générale, je déteste me séparer d'un livre, mais en voyage, je fais souvent exception à la règle... portée par mon enthousiasme de faire découvrir la perle rare à un voyageur ou mue par une folle envie de lire alors que j'ai déjà tout "consommé" ce que contenait mon sac à dos!

Un sujet appelant l'autre, je me propose de vous faire découvrir quelques auteurs de l'Extrême-Orient qui m'ont marqué ces dernières années... Si la Chine cristallise toujours chez moi une forte envie de découvrir, je n'ai cependant jamais réussi à lire un auteur chinois plus de cinq pages... et ce n'est pourtant pas faute d'avoir essayé! Je vais donc commencer notre voyage, chronologiquement par un auteur mongol, qui écrit en allemand: Galsan Tschinag.

Ciel Bleu et Monde Gris sont pour moi deux beaux souvenirs de poésie, parfois douloureuse.

Sans nous brusquer, par une espèce de lenteur toute propre à la tradition touva, Galsan Tschinag nous conte son enfance dans Ciel Bleu. C'est pour lui le temps de l'innocence, d'une vie simple rythmée par les saisons, les éléments. Récit d'une vie nomade et initiation chamanique. Voici les premières lignes:

Il est possible que cette histoire ait commencé dans un rêve. Etait-ce une préparation à ce qui allait suivre, une mise en garde peut-être? Car le rêve était pénible - un cauchemar.

On disait qu'il ne fallait pas parler de ses mauvais rêves à personne, mais les dire plutôt pour soi à haute voix, puis cracher trois fois. On disait la mêm chose pour les rêves agréables. Il ne fallait les confier à personne, les garder pour soi. Ceux qu'on entendait raconter n'étaient-ils donc ni bons ni mauvais ?

La journée dans la yourte commençait en général par le récit des rêves de la nuit, et à en juger d'après le comportement de l'assistance, c'était une source fréquentz de joie ou de souci. Bizarre!

Mais lorsque je fis ce rêve, j'ignorais encore la règle.

Le Monde Gris sonne le glas du temps de l'innocence. Dans la Mongolie communiste des années cinquante, il faut aller à l'école. Le jeune rêveur apprend la règle.

Ces deux livres sont publiés aux éditions Métailié qui en ont fait deux beaux objets à la couverture douce (je ne sais pas vous mais je suis sensible à l'"enrobage" lorsque j'achète un livre!). Ils font écho aux magnifiques films de Byambasuren Davaa, L'histoire du chameau qui pleure et Le chien jaune de Mongolie. Dans le dernier, j'ai vraiment retrouvé l'esprit de Galsan Tschinag, notamment lorsque la petite fille(Nansal), perdue, est recueillie par une vieille femme dans sa yourte. Pour l'amuser, elle lui demande de faire tenir un grain de riz sur une baguette de bois verticale en déversant une poignée de riz dessus. Comme c'est impossible, elle explique à Nansal qu'elle a autant de chances de se réincarner en humain que celle de faire tenir un grain de riz sur la baguette. Mais elle aura peut-être aussi la chance de réincarner dans une plante ou dans un animal. Vois comme la vie est précieuse!

NB: la suite du voyage dans un post ultérieur... je vais occuper quelques heures à la fin des aventures du sorcier adolescent (qe voulez-vous, je suis accro!)

Posté par Classafaire à 18:54 - C'est en lisant qu'on devient... Liseron - Commentaires [3] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 juin 2007

Pour (ne pas en) terminer avec l'Odyssée...

9782264043504R1

Pour ceux qui ne l'auraient pas remarqué, nous nous livrons avec ma belle amie la muse Kalliope à un petit jeu de références autour de l'Odyssée! N'hésitez d'ailleurs pas à faire un tour sur son blog en utilisant le lien ci-dessous ou en cliquant dans les liens amis:

http://www.leblogdekalliope.canalblog.com/

Il y a quelques jours déjà, j'ai terminé la lecture de La route d'Ithaque, l'épopée de Vladimir, éternel sans-papiers et vagabond de l'Europe. Il a quitté l'Uruguay où son hérédité communiste et son activité de trafiquant devenaient trop lourdes. Il a atteint la Suède porté par l'illusion de l'amour mais a déchanté lorsqu'il s'est rendu compte que la femme ne voyait en lui qu'un géniteur - il serait difficile d'employer le mot père. Il a fui encore vers l'Espagne, où il s'est dissimulé dans les parties sombres de Barcelone. Il a cherché refuge chez ses compagons d'infortune, ces immigrés qu'il déteste tant...

Extraits choisis:

"Si tout le monde se mettait à réfléchir, le monde serait fichu. Qu'on le veuille ou non, ce sont les patrons qui se chargent d'éviter à tout prix qu'il y ait de la réflexion. Et ils y arrivent, normalement ils y arrivent."

"Peu m'importait, peu m'importait d'être comme tout le monde, de me tromper un peu, s'il le fallait. Le bonheur n'existe pas, mais on peut se l'inventer.

Non, non, le bonheur, c'était la quête, il fallait continuer, risquer. Le bonheur n'était pas dans la résignation, dans le renoncement à la quête, dans la mise en place d'une routine médiocre à laquelle s'en tenir. Non, pour être heureux, il fallait faire comme le machiniste, Vladimir, sauter, tout risquer. Il fallait rêver de la cabane."

Si vous n'êtes pas convaincus par ces extraits au style pourtant inimitable, vous pouvez toujours lire le premier chapitre en cliquant sur le lien ci-dessous:

http://www.yodawork.com/images/10x18/da/X04350ch1.pdf

Posté par Classafaire à 21:40 - C'est en lisant qu'on devient... Liseron - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
« Accueil  1